Mes Petits Pantin de Bois

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Mes Petits Pantin de Bois

Message par moesius le Dim 30 Avr - 21:02

Chap 1 (du 1 janv 2017)
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Les dragons ne sont pas tendres, ils ne l'ont jamais été ... Comment dire, la plupart de ceux que j'ai côtoyé, n'ont jamais eu la même sensibilité que moi pour les choses qui nous entourent. Depuis l'aube des temps, certaines créatures sont dotées de pouvoirs magiques : les poneys, les phœnix, les changelings ; mais aucune magie connue et reconnue n'avait été attribuée aux dragons. Il existe quelques tours de passe-passe que tout un dragon peut maîtriser mais cela ne vaut pas la puissance d'une licorne. Je me suis alors mis à étudier les plus infimes phénomène du nid, au plus grand plaisir de mes congénères. Un dragon frêle se fait vite gober par les plus grand, c'est déjà un motif suffisant de brimades. Si alors ce dragon se mettait à fixer des cailloux et caresser les escargots, alors rien ne le protéger plus. "Un aliéné !" disait-on, "Une créature indigne de vivre et de servir la communauté, tout juste bonne à la basse besogne".

Enfin ! Qu'à cela ne tienne, j'ai continué mes observations. Je m'étais d'abord tourné vers le minéral. La pierre, le bois, l'argile. Toutes ces choses que d'autres avaient sculpté et modelé. Ô Grâce ! Que c'était excitant à l'époque de traîner dans les ruines des anciennes civilisations draconiennes. Maintes et maintes fois j'ai passé mes griffes le long des sculptures et bas reliefs de ce qui fut jadis un palais. Là où mon souffle était le seul bruit perceptible et où je me sentais au-dessus des autres. J'ai usé mes yeux sur de vieux parchemins moisis par l'âge et l'humidité, suivant assidûment les lacets tantôt souples, tantôt nerveux de fantômes d'avant. Je dissociais deux grands érudits des ces écrits, l'un étant du parti des "mages de nuits" et l'autre celui des "sages éclatants". Car à force de lecture, je finis par apprendre quelque mots. Je ne vous raconterais pas ici les enjeux politiques de cette époque révolue, non, mais ce que j'en ai tiré.

Les deux rivaux étaient tous deux de bons enseignants quand bien même ils fussent morts. Le premier, dont la signature était deux traits verticaux et que j'appellerai Equinocte par souci d'identification, avait de nombreux travaux sur la vie artificielle, sur la manipulation des corps et des esprits ainsi que d'autre sujets moins intéressants à mes yeux d'enfant. Le second, qui lui signait toujours en bleu par une sorte de fleur que l'on pourrait rapprocher de la poison-joke et que j'appellerai Blue-Thorn, prônait l'équilibre entre toute chose. En étant tout à fait honnête avec vous, ce n'est que plus tard que les écrits de Blue-Thorn m'inspirèrent. Comme tout dragonnet, je brûlais d'un feu d'insolence et d'insouciance et les sages paroles durent s'écraser face la folie et la puissance des idées d'Equinocte. Je dû cependant un jour me rendre à l'évidence, créer un être avec seulement de la tyrannie ne pouvaient fonctionner, car tel fut mon ambition !

En dehors des ruines antiques, je me trouvai une véritable passion pour toute créature "évoluée" comme dirait le badaud. Les langues étaient pour moi un véritable casse-tête que tenter de résoudre me mettrait en joie. La science des mots, moi qui étais un être craintif et timide, ce fut l'une des choses les plus terrible et exquise à apprendre. Terrible et exquise car nul ne peut prétendre savoir parler juste en lisant un livre. C'est ainsi que je réussis à dialoguer avec des sphinx et des bisons mais la créature pour laquelle j'ai le plus d'affection est le poney. Ce peuple est très répandu et possède une grande science concernant la médecine, l'architecture ainsi que la magie. Je me souviendrais toujours de ma rencontre avec Bluestar, une licorne qui m'a beaucoup apporté.

J'ai vécu quelque temps dans un petit village équestre dont je fut vite la bizarrerie. J'avais la côte auprès des jeunes poulains qui venaient me rendre visite. En vivant, j'ai pu observer les interactions sociales entre les individus. Drastiquement différentes mais pourtant si semblables aux nôtres. Et en les regardant, j'ai compris une chose : Ô Grâce ! Que les mots sont puissants ! Les mots ! Oui, ces mots qui donnent tant de nuances et de caractère à une phrase. Des mots qui forment des idées tellement cruelles, tellement belles ou même tellement tristes. Un mot pour briser quelqu'un, un mot pour le soigner ou bien encore pour l'émouvoir. Je me suis découvert une magie, une magie donnée aux êtres parlants.

Au final j'ai quitté ce village et ainsi le lieu que Bluestar avait aimé. Je suis retourné auprès des "miens". Ils haussèrent bien les sourcils, "On pensait que t'étais mort !", mais personne ne m'avait cherché, enfin passons. Là, j'ai rejoins les ruines de mes ancêtres et compilant tout mon savoir, j'ai commencé à creuser la glaise. Pourquoi ? Et bien, j'avais décidé de créer une poupée. Une petite poupée de glaise entrecoupée d'if, fragile et belle. Cette petite avait les traits d'un poney, d'une licorne. Un petit pantin de bois : ma fille. Chaque jour, je lui parlais. Chaque nuit, je la bordais. Je caressais la gravure de son crâne : Nightear ; écrite en runes draconiennes.

Un beau matin, je me réveillai dans notre lit de couvertures dans la salle des archives du vieux palais, endroit le plus sec et le mieux protégé. Au creux de mes pattes, j'allais pour prendre Nightear dans mes bras comme à mon habitude mais un événement surprenant survint. La petite tête branlante de ma fille se tourna vers moi. J'en pleurai, j'en pleurai. C'était tellement beau, tellement magnifique de voir ses petites pattes sans force bouger d'elle même. Ô Grâce ! J'aurais tout donné, tout fait dans ce monde ne serait-ce que pour qu'elle n'arrête jamais de bringueballer de gauche à droite comme un oisillon veule.

Après elle en vinrent d'autres, tous différents, tous beaux. Creuser la glaise, les élever, les aimer, les instruire, les voir grandir ... enfin non pas grandir de façon physique, leur corps ne le leur permettait point ! Enfin ! C'est de leur esprit dont je parle, bien sûr. Ils eurent tous leur tempérament, leur propre volonté. Des être équilibrés telle l'idée de Blue-Thorn mais artificiel comme aurait voulu créer Equinocte. J'en créai une vingtaine mais, à mon plus grand dam, j'eus une affection toute particulière envers Nightear.

Mes petits pantins de bois.

C'était un beau rêve, un rêve magnifique...




Chap 2 (du 4 janv 2017)
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Le fond de l'air était frais. Dans le silence nocturne, les petits sabots de glaise de Nightear résonnaient sur le pavé irrégulier du palais en ruines. Pour ceux désirant avoir une description plus précise de cette charmante créature, voilà : elle était une jeune licorne pas très haute de garrot, de la taille d'un poulain. Pour que la magie s'inscrive en elle, j'avais taillé de l'if en souples spirales pour soutenir le corps fragile de la demoiselle. Ses formes beiges et potelées étaient donc soulignées par des touches caramel et brune vernies. J'avais planté de longs fils de soie nylon en iroquoise qui retombaient d'un côté de son crâne. Pour la queue ce fut les mêmes fils bleus et blancs que la crinière qui traînaient tous deux à terre. Au centre de ses orbites creux je plaçai deux saphirs qui, et je n'en cache pas ma fierté, tenaient grâce à un ingénieux système d'aimants implantés dans l'argile, le contour de l'œil, et qui étaient parfaitement invisibles. Le système d'articulations était plus grossier que celui de ses frères et sœurs mais il était bien huilé et fonctionnel. Elle était parfaite ! Cependant, quand je l'ai créé, j'ai ... comment dire ... oublié de lui donner des cordes "vocales". Nightear était donc muette.
La jeune pouliche entamait donc sa cinquante-cinquième année de vie en allant dans la partie nord du palais. Depuis sa création Fortunestar, Acedusk, Lunarhex, Moonlitsun et Sandymirage naquirent. Cette petite meute avait passé une grande partie de leur vie à rénover tant l'architecture que le savoir draconnien ancien. Nightear arriva dans une vaste salle haut de plafond et très lumineuse. Ce fut un véritable travail de fourmi pour remettre sur pied cette salle antique. La coupole de verre provient de l'Empire de cristal, un véritable trésor d'artisans, la pièce maîtresse de cette pièce. Elle a coûté le cœur de la cité mais cela en valait la peine. Les plans étaient de ma conception et le poney verrier trop impressionné par mes origines pour refuser une telle demande. Un discret jeu de manivelle permettait d'ouvrir des fenêtres, d'abaisser des volets et de tirer un long drap blanc qui servit d'écran pour quelque projection du ciel nocturne. On l'a installé : Acedusk, Lunarhex, mes grands gaillards, et moi ; après que la moindre petite fissure et défaut de joint ait été réparé. Après cela, les pierres furent passées au feu pour enlever toute trace d'humidité. Un coup d'éponge pour enlever la suie puis finalement l'étude des entrelacs des bas-reliefs afin de recréer les frises murales. Cette tâche fut attribuée en grande partie à Nightear, secondée par Sandymirage.
En pénétrant plus avant dans la pièce, les lourdes portes qui s'étaient ouverte en captant les pas de la pouliche sur le sol se refermèrent, les runes gravées sur le sol cessant de briller par la même occasion. Les lourdes tapisseries déposées avec goût par Acedusk servaient à la décoration, certes, mais aussi à la classification des livres car sur les murs arrondis se dressaient de fières étagères qui soit croulaient sous leur savoir soir attendaient avidement d'en avoir. Nightear continua son chemin vers les bibliothèques couronnées par une épaisse banderole rouge de laine brodée d'or avec "Sciences et Arts de la Magie" inscrit dessus.
-Déjà levée, ma belle ?
Elle se retourna vers moi et je vis briller une lueur de joie dans ses prunelles bleues. Pour toute réponse, elle se dépêcha de déposer sur le sol une pile de livre devant les autres ouvrages maintenus jusqu'alors par des liens arcaniques et vint se blottir dans mes bras. Je ne saurais dire si ce n'est par pudeur qu'elle faisait démonstration de ces marques d'affection que lorsque ses frères et sœurs n'étaient pas là ou par égard pour Moonlitsun qui entretenait une jalousie affective.
Au bout d'un moment je l'éloignais légèrement, regarda ses yeux puis les livres posés à terre. J'arquai un sourcil :
-Tu les as déjà fini ?
Ce a quoi elle hocha la tête d'un coup sec et déterminé. Un sourire complice et malicieux se dessina sur nos deux faces puis je me retournai théâtralement et m'éloignai.
-Bien ! Nous allons voir ce que tu as appris !
Et sans plus de conversation je fis volte face et commença à psalmodier une incantation tandis que Nightear se mis en position de combat. Les livres qu'elle venait de finir tournaient sur les pulsations et vibrations de l'air. Thème somme toute inintéressant pour les ignares.
Une brise se leva, puis se mua en une puissante bourrasque qui souleva les tapisseries et dérangea les pages frileuses des étagères. Sans cesser d'alimenter le sort, je m'avançai vers la pouliche. Pendant que j'excitais l'air elle s'était mise en branle. De fines lignes de psaumes se générèrent au bout de corne puis glissèrent le long de son torse pour se glisser à ses sabots, lui faisant des fers noirs. Elle louvoyait entre les piliers arqués et torsadés en faisant de petits sauts, d'abord légers puis de plus en plus puissant. Et derrière chacun de ces sauts l'espace semblait se condenser en une masse flou. Bientôt elle atteint une telle vitesse qu'un grand bruit sourd retentit à la manière d'un fouet.
Les vents violents que j'avais engendré avaient pour but de la freiner. Renforcer le sort n'aurait eu aucun effet. Je me mis sur mes pattes postérieures et je tapa une fois du pied en récitant quelques mots. Dès lors l'air retomba inerte puis une immense toile de lettres étendit ses bras tentaculaires à toute la salle. Nightear n'attendit pas que je finis de poser les runes pour me sauter dessus, me toucher le cœur étant le but de ce genre d'exercice. Je l'esquivai aisément. Tandis qu'elle freina malgré elle pour éviter de toucher les lignes -ce qui l'aurait entravé au moins pour trois secondes- je m'élevai vers la coupole. Au lieu de modifier l'air ambiant afin qu'il lui serve de passerelle pour m'atteindre, elle invoqua des runes à sa corne qui se diluèrent devant elle comme de l'encre dans de l'eau. Une lourdeur emplit la pièce. Un fin bourdonnement, ténu, absorba pourtant mes paroles quand je dis :
-"Une glue", très rusé.
Son but était de créer un trouble dans l'espace de la pièce afin qu'il soit aussi aisé de s'y déplacer que dans un bain de purée de pois. A cela s'ajoute un vertige et une perte de l'équilibre. A raison, je m'écrasai maladroitement au sol, m'empêtrant dans mon propre piège toujours érigé au sol. Son sort fut plus puissant que je ne l'imaginais jusqu'alors.
Nightear sauta donc sur mon abdomen et enfonça gentiment sa corne dans mes côtes tandis que je me débattais dans mes liens. Je finis par abandonner. Ce fut la jeune pouliche qui me libéra.
-Jolie talent !
Nightear était sur les rotules : elle maintenait la tête basse et les pattes écartées. Elle "reprit son souffle" puis se redressa. On resta encore un moment comme cela, ma respiration sifflante brisant le silence. Les livres avaient souffert un peu. Quelques uns gisaient sur le sol tandis que l'un d'entre râlait, littéralement. On ne s'en préoccupa pas. Et d'un commun accord nous nous mîmes à ranger le désordre. Et tout en posant quelque livre dans quelque étagère je ressassai une idée qui m'était venue il y a longtemps. Nightear était quelqu'un de talentueuse. La restreindre ici l'empêcherai d'évoluer au mieux. Voyager lui ferait du bien. Elle n'a connu que le palais, les ruines et la forêt alentour. De plus, en plus d'un siècle, des choses nouvelles durent émerger dans les différentes peuplades. J'aurais aimé qu'elle connusse le monde de Bluestar. Mais, que dirait-on d'un pantin qui bouge seul ? Si on la huait ? Si on lui faisait du mal ? Comment se défendrait-elle, elle qui ne peut pas parler ? Je n'aurais pas pu la laisser aller seule mais je ne pouvais pas non plus abandonner Fortunestar, Acedusk, Lunarhex, Sandymirage et Moonlitsun, l'avant dernière, qui avait nourrit un sérieux manque d'attention suite à la venue trop précoce de Sandymirage.
Prenant une profonde inspiration, je tournai la tête en direction de Nightear. Elle remettait la banderole "Etymologie des Mots Anciens et Nouveaux" en place. Sentant probablement mon regard sur elle, elle tourna elle aussi la tête.
-Nightear, que dirais-tu de partir voir le monde ?
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